Il serait difficile d’affirmer que l’Hôpital public va bien. Il allait déjà très mal, dans l’indifférence générale, il ressort profondément meurtri.

Durant le confinement, les citoyens ont suivi, sur le modèle de quelques uns de leurs voisins européens, une coutume quotidienne, celle d’applaudir collectivement les soignants à 20h.

Personne ne s’en préoccupait avant, plus personne n’applaudit depuis le 11 mai et le « déconfinement ».

Le « Ségur de notre système de santé« , annoncé par l’exécutif il y a quelques jours, a proposé comme réponse à cette crise la revalorisation des salaires, ce qui semble communément relevé dans l’opinion publique comme étant une récompense acceptable.

Comme si le travail ne se résumait qu’à un élément économique.

C’est bien mal connaître les enjeux de l’Hôpital public.

En effet, si la rémunération est un élément substantiel du travail, rares sont les soignants ou paramédicaux qui choisissent l’hôpital public pour s’enrichir. Ce sont majoritairement des métiers de vocation.

Ce que demandent avant tout les personnels hospitaliers concerne les moyens de pouvoir accomplir leurs missions dans des conditions dignes: des personnels en nombre suffisant, une organisation du travail efficace et digne au service du patient et de la protection de la dignité des travailleurs, un système managérial qui ne raisonne pas qu’en nombre de lits et en rentabilité, en clair, revenir à une politique de santé qui se tourne vers l’humain, la qualité des soins et non le chiffre.

La crise hospitalière, et il est fort dommage d’avoir dû attendre la crise Covid-19 pour en faire une priorité, met en lumière les choix de notre pays pour son système de santé, alors que les personnels qualifiés désertent le secteur public et que les internes sont soumis à des charges de travail les exposant, ainsi que les patients, à un risque majeur de sécurité.

Les personnels infirmiers et paramédicaux doivent accomplir des horaires parfois insoutenables et sont parfois déplacés comme des numéros dans les services en fonction de planning incohérents, ne prenant pas en compte la compétence professionnelle, l’expérience ou encore le relationnel. La politique du « bouche-trou ».

Si notre système est souvent revendiqué comme l’un des plus performants du monde, il ne tient aujourd’hui qu’à l’engagement et au dévouement des personnels qui y vont parfois jusqu’au sacrifice de leur personne.

Nous avons en conséquence choisi de consacrer un chapitre spécifique sur la situation de l’hôpital public discutant notamment sa situation actuelle, son histoire, son évolution, l’importance des questions éthiques (choix des patients) et bioéthiques (choix du bon remède) que les situations de crise mettent en lumière, pour faire comprendre au grand public ce que l’Etat d’urgence sanitaire implique en termes d’engagement pour les personnels, créant un droit dérogatoire, des situations de réquisition à la fois de matériel et de personnels, alors que la pandémie que nous vivons aurait pu être contrôlée si elle avait été anticipée, ce sur quoi plusieurs experts avaient alerté, et que l’on peut constater dans la disparité des réactions entre les différents pays.

Avec la Justice, la Santé constitue l’un des piliers d’une démocratie et il est temps d’en comprendre les enjeux et l’importance pour notre avenir.

Nous ne résistons pas à publier le billet humoristique d’un médecin resté anonyme qui se moque des débats acharnés entre experts, « à qui trouvera le bon remède en premier » et qui nous offre, comme certains auteurs pouvaient le faire au 18e siècle, une certaine caricature bien appréciable de cette cacophonie : « Le remède serait le bonbon à la menthe »

Et pour aller plus loin sur le sujet de la recherche scientifique et de ses travers, nous vous invitons à la lecture d’un article de la revue Books: « Le médecin face à la recherche médicale« : « La recherche médicale change la vie de millions de patients, mais elle peut aussi avoir des conséquences dévastatrices. La littérature scientifique laisse parfois passer de véritables escroqueries. Entre résultats de recherche manipulés et conclusions surinterprétées, le médecin y perd son latin. »